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Libération

Un vin de garde suisse là-haut sur la montagne

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ParOlivier Bertrand
Correspondant à Marseille
Publié le 09/12/2011 à 0h00

En fixant le rendez-vous, il avait prévenu. «J'espère que vous n'avez pas le vertige.» Je n'ai vraiment compris qu'en arrivant. Au bout d'un chemin de la vallée du Rhône, juste à côté de Sion (Suisse), Jacques Granges attendait à côté de son «téléphérique». Une cabine en bois bricolée accrochée à un simple câble. Pour grimper au domaine, plateau caché là-haut, derrière un piton rocheux, c'était cela ou le sentier des chèvres, deux heures de marche le long d'un précipice. Alors la cabine s'est hissée, balancée, on a eu peur, mais cela valait le coup.

Un vrai petit paradis sur terre attendait là-haut. Le domaine de Beudon, qui doit son nom à ses formes douces, dodues. Après la Seconde Guerre mondiale, un fou richissime l’avait acheté pour faire du vin. Il avait installé des turbines dans un torrent voisin pour produire son électricité, enterré un réseau d’irrigation, amené des lignes de téléphone jusque dans les vignes de ce paradis où l’on peut vivre en totale autarcie. Jacques Granges y venait en balade avec son père. Alors, quand le fou est mort, que le domaine s’est retrouvé en vente et qu’un projet touristique a failli voir le jour, il était malheureux. Et quand le projet a échoué, il s’est endetté pour acheter. Il avait 25 ans. Quarante années plus tard, il vit là-haut avec Marion, attentive à l’environnement, ouverte sur le monde malgré l’isolement. Ils ont élevé leurs trois filles. Désormais, ils sont seuls, Jacques a 65 ans, une barbe blanche touffue,

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