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Interview

«La nounou doit rester au bord du cocon bourgeois»

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Famille. Une enquête fouillée analyse le rapport entre mères parisiennes et migrantes venues du Sud qui gardent leurs enfants. Son auteure, la sociologue Caroline Ibos, revient sur cette relation où clichés post-coloniaux et préjugés raciaux perdurent :

Publié le 06/02/2012 à 0h00

C'est fou ce qu'on peut lire dans un square parisien à observer des groupes de nounous africaines entourées de poussettes et d'enfants blancs. L'inégalité des sexes à la maison, les préjugés post-coloniaux extrêmement puissants, des classes sociales qui ne se mélangeront jamais, c'est ce que la sociologue et chercheuse Caroline Ibos décrypte dans Qui gardera nos enfants ? (1), le résultat de trois ans d'enquêtes, de recherches et d'observations dans des jardins parisiens, d'interviews de «nounous blacks» et de leurs patronnes, les pères étant généralement absents.

Au cœur de ce travail, des femmes employées au domicile de parents d’enfants en bas âge qui n’ont rien à voir avec «les nounous» agréées des villes de province, des migrantes venues du Sud pour s’occuper des tâches domestiques, permettant ainsi l’émancipation des Occidentales. Le nouvel âge de la domesticité, pourrait-on dire.

Cette enquête fouillée analyse la relation compliquée, construite autour de l’enfant, de «l’amour» à lui porter ou qu’il porte à la mère, et de la «nounou», mais aussi une violente confrontation, en appartement, de classes sociales bien distinctes : d’un côté, la domestique multitâches, jamais consultée sur l’éducation (et qui n’en pense pas moins sur l’enfant-roi occidental), dominée socialement, victime de préjugés racialo-coloniaux dont pourtant les employeurs s’acharnent à se démarquer ; de l’autre, les bourgeois employeurs, agacés de cette intrusion dans leur intérieur douillet, e

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