C'est le secret le mieux gardé des Yvelines. Petit, on s'est longtemps demandé d'où provenait cette odeur si chatoyante qui, les jours de grand vent, alléchait toute la commune de Meulan. Une odeur de cacao, chaude et douce, qui mettait même en joie les matins d'école où le père Vaudey nous attendait de pieds fermes. Un illuminé du cosinus celui-là, qui nous déportait au fond de la classe, «au clan des fumistes». Parfois, pour s'évader quelques instants de ses exercices de Wisigoths, on ouvrait la fenêtre. Et on se consolait avec le langoureux fumet qui annonçait le goûter.
Un jour, on apprit que la fabrique se trouvait dans la bourgade voisine d'Hardricourt. C'était une bâtisse de briques rouges, haute et austère, posée au milieu d'un carrefour sans importance. Du coup, à chaque fois que l'on passait devant, on se demandait ce qui se passait à l'intérieur. Et c'était le «Charlie et la chocolaterie» de Roald Dahl, que la mère Lisbona et sa voix rauque de fumeuse de gitane nous avait fait avalé en une semaine, qui venait en premier à l'esprit. Si ça se trouve, ce sont des écureuils qui fabriquent les tablettes? A moins que ce ne soit des marmottes? Et puis, le chocolat, ça se cueille en bâton sur des arbres, évidemment…
Arf, on était loin du compte. Bien naïf. Un dimanche matin, à la fin d'un de ces matchs de peintres qui font la légende des championnats corpo, on sut enfin la vérité. L'équipe qui affrontait la mythique pizzéria «Carlina» du paternel




