A Egalia, une crèche municipale dans le quartier bobo de Södermalm, à Stockholm, les enfants ne jouent pas avec des bonshommes en Lego, mais avec des «personnages». Il n'y a pas d'un côté les filles et de l'autre les garçons : «Ici, on dit "les enfants" ou bien "les copains"», raconte la directrice, Lotta Rajalin. Et surtout, dès que possible, on utilise hen : un pronom sexuellement neutre, intraduisible en français, qui remplace han («il») ou hon («elle»). Dans les chansons, dans les livres… «Hen nous permet, par exemple, de parler d'un policier ou d'un astronaute, sans qu'on n'associe immédiatement la profession à un genre spécifique», explique la directrice.
Mais si les parents sont prêts à patienter des mois pour faire entrer leurs rejetons à Egalia, la pédagogie qui y est pratiquée est loin de faire l'unanimité en Suède. Insultes, menaces… Le personnel a même reçu un colis contenant deux poupées, une fille et un garçon, dont le sexe avait été mutilé. Lotta Rajalin s'insurge : «Nous ne nions pas l'existence du sexe biologique de l'enfant. Nous disons seulement que nous sommes tous des individus très différents et que les enfants ne doivent pas se sentir limités par leur genre.»
«Stratégies». Le débat en Suède bat son plein : a-t-on vraiment besoin d'un troisième pronom ? Est-ce aller trop loin dans le désir d'une société égalitaire ? Hen a été créé dans les années 60 par un journaliste




