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Libération
Interview

«Les autres le trouvaient très drôle»

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Anne, avocate, a dû porter plainte contre son supérieur mais n’y croit plus trop :

Publié le 21/05/2012 à 21h36

Anne, 38 ans (1), avocate, affirme avoir été harcelée entre 2001 et 2006 par son supérieur hiérarchique. Son affaire n'avait toujours pas été jugée quand le Conseil constitutionnel a abrogé l'article définissant pénalement le harcèlement sexuel. Aujourd'hui, son avocat envisage de plaider avant tout le harcèlement moral. Faute de mieux. Et la partie adverse, s'échinant à tout nier, se contente d'évoquer des traits d'humour et de gauloiserie. L'Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT), qui a joué les intermédiaires avec Libération, évoque «une affaire exemplaire».

«J'avais 25 ans quand je suis entrée dans ce cabinet d'avocats international. Dans ce genre de structure, où des libéraux s'associent entre eux, on tient le code du travail à l'écart, c'est le Far West. Il y a pourtant une forme de hiérarchie entre les avocats et, de fait, des liens de subordination entre eux. J'ai donc travaillé sous les ordres d'un homme plus chevronné que moi. Un type hypernerveux, qui a assez vite assis une forme d'exclusivité sur moi. Je passais beaucoup de temps dans son bureau, j'entendais ces réflexions sur les femmes : celles qui ont des gros seins, des gros culs, celles qui doivent bien sucer. Tout le monde, parmi les collaborateurs, le trouvait très drôle. Physiquement, il était entre Bernard Tapie et Charles Pasqua, un Méditerranéen expansif, qui digressait facilement. Il passait du contenu d'un dossier à des conversations plus pers

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