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Portrait

Le long bizutage d’une Manon des vignes

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Beaujolais. Julie Balagny a choisi Fleurie pour sa forte identité paysanne. Mais l’intégration fut difficile. Aujourd’hui, à force d’obstination et de talent, ses cuvées sont reconnues par les gens du cru, et bien au-delà.

Julie Balagny dans son domaine, à Fleurie, dans le Beaujolais, le 3 septembre 2012. (Photo Sébastien Erôme. Signatures)
ParOlivier Bertrand
Correspondant à Marseille
Publié le 10/09/2012 à 13h37

Lorsqu’elle se penche sur un cep, Julie Balagny garde le dos droit, les jambes presque tendues. L’héritage de dix-sept ans de danse classique qu’enseignait à Paris sa mère, par ailleurs médecin. Julie n’est pas née vigneronne. Elle a vinifié son premier millésime à Fleurie voilà seulement trois ans. Pourtant, son vin est déjà l’un des meilleurs du coin. Du fruit, de beaux arômes, des tanins soyeux… Mais l’intégration n’est pas très facile. Parce qu’elle est femme, qu’elle ne travaille pas comme tout le monde, et ne vient pas d’ici.

Parcours Elle a grandi en région parisienne, explique son orientation par la fascination qu'exerçait sur elle le vin de messe, que le curé était seul à boire. Et puis par l'attention que suscitait la bouteille que son père remontait de la cave. Les autres enfants sont devenus médecins. Elle s'est engagée dans le vin. À ses débuts, elle vinifiait pour un domaine des costières de Nîmes, Terre des Chardons. Dans un pays de vins trop lourds, les siens gardaient de la fraîcheur. Puis elle s'est installée dans le Beaujolais, pour le gamay que certains travaillaient à l'ancienne, sans trop de soufre. Et pour l'identité paysanne de cette région. Le Beaujolais est un pays riche de paysages et de beaux produits. Mais les hommes y restent très gaulois. Paillards, blagueurs, bagarreurs. Et pas toujours ouverts sur l'extérieur. À son arrivée, elle disait bonjour de la main lorsqu'elle passait devant la vigne du voisin. Qui baissait la tête sans

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