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Paysages : à voir et à manger

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Goût. C’est autant la rizière que le riz qu’on retrouve dans son assiette… Ou comment les terroirs s’imposent dans nos repas.

ParGilles Fumey
Pierre Raffard
professeur de géographie et doctorant, université Paris-IV
Publié le 11/10/2012 à 19h07

Sous un ciel de mousson finissante, fin août, nous visitions Xijiang Qianhu, un village miao de la province «reculée» du Guizhou. Quelques rares touristes occidentaux prennent des photos dans la rizière. Vient la question mille fois posée : «Mais comment ont-ils fait ?» Comment ont-ils fait, ces milliards de paysans de Chine et de l'Asie, pour construire sur ces pentes très raides des rizières en terrasses que le soleil couchant allume de tous ses feux ? Réponses faciles : le féodalisme, l'habitude, les fortes densités («ils n'avaient pas le choix»), l'ignorance («ce qui est beau pour nous ne l'est pas forcément pour eux») car les paysans ne sont pas des poètes et des artistes. D'ailleurs ont-ils jamais peint et photographié leurs paysages ? Le géographe Pierre Gourou a montré comment les Min Kia de Ta Li, en Chine du Sud, mettent un point d'honneur à se conduire en paysans de plaine plate : «Ce sont des riziculteurs habiles qui vivent comme si les montagnes environnantes n'existaient pas. La riziculture est pour eux la seule activité digne d'intérêt.» Au diable, nos déterminismes occidentaux sur les «contraintes» de la pente ! Les montagnes sur lesquelles tant de peuples ont fait paître des animaux en mode extensif ne freinent pas l'ardeur des Chinois à bâtir les terrasses - dont ils sont très fiers, faut-il préciser.

Puissance culturelle. Voici à quoi tient le sublime des paysages de rizière en Asie des moussons, des vign

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