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Libération

Un sartène tout doux avec son sciacarellu

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Publié le 25/10/2012 à 20h06

Le cortège approchait et j’observais le granit de la petite église de Propriano. Une pierre massive et délicate qui, je ne sais pourquoi, me rappelait un vin goûté la veille au Roi de Rome, bon restaurant d’Ajaccio. Un sartène, vin profond et souple, assez long en bouche, avec des arômes de garrigue, de griotte pas trop cuite. Il s’agissait de la cuvée «Myrtus» du domaine Sant Armettu («saint ermite») de Gilles Seroin (1). Sur un veau aux olives, elle offrait une belle fraîcheur qui équilibrait sa concentration. On était loin de ces cuvées corses d’antan, rustiques et parfois écœurantes de sucrosité, qui auraient assommé un aurochs.

En buvant, je repensais aux premiers pas du nationalisme, à cette cave d'Aleria prise en otage en 1975, sous prétexte, entre autres, d'une trop forte chaptalisation (sucrage) du vin par des vignerons rapatriés d'Algérie et installés sur la terre corse - un livre passionnant, Razzia sur la Corse (2), rappelle l'épisode. Pour le vin, l'île prenait à l'époque la même pente que le Languedoc. Les deux régions l'ont bien redressée. Comme en Languedoc, certains des domaines corses les plus talentueux, les plus soucieux de terroir et de cépages locaux, sont tenus par des descendants de ces rapatriés venus replonger leurs racines en France.

La famille de Gilles Seroin a été vigneronne plusieurs générations en Algérie avant de créer, en 1964, le domaine de Propriano, agrandi ensuite vers Sartène. Caviste à Aix-en-Provence à ses débuts, Gilles a pris

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