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Libération

La drôle de mélodie du cabernet franc

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Publié le 29/11/2012 à 20h36

On sentait l'hiver approcher. Dans les ruelles humides d'Aix-en-Provence, un vent discret transportait le froid en silence. Nous approchions du Carton rouge (1). Depuis un bon moment, des vigneron(ne)s me parlaient de ce bar à vin tenu par une certaine Christine cuisinant fort bien. En ouvrant la porte, des caisses de vins pour étagères, une jolie sélection, très marquée «vin nature». Ouvrons à présent une digression. A chaque fois que j'utilise ici l'adjectif «nature», un individu m'appelle excédé pour m'expliquer qu'il est indigne de se définir en opposition de collègues désignés «pas naturels». Libérés des excès du soufre, les vins «nature» peuvent donner des cuvées rayonnantes, célestes, pleines de vie. Ou des bouteilles qui partent en cacahuète lorsque le raisin n'est pas assez sain ou la vinification pas assez rigoureuse.

Ce soir-là, ce fut vin nature de première catégorie. Tant mieux, car il avait rendez-vous avec un dos de lapin farci de ses abats. Ils se sont très bien entendus. On avait hésité entre deux cuvées de Nicolas Reau. Chinon ou anjou ? Ce fut anjou, cuvée Pompois. Un drôle de cabernet franc, puissant, très plein, en même temps que très fin, avec des tanins de taffetas. Le vin se drapait dans une armure de soie. Comment fait-on cela ? Nicolas Reau voulait être pianiste mais, à 23 ans, alors qu’il regardait la télé, une journaliste a parlé d’un lycée viticole recherchant des élèves. Il peinait à vivre de son piano, a brutalement changé d’avenir. Ave

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