Elle me faisait de l'œil depuis un moment. Posée sur une étagère de la cave, elle attendait d'être bue, devait s'étonner d'être encore là. Une Violette de Patrick Bouju, cela ne patiente théoriquement pas. Le vigneron du Puy-de-Dôme la vinifie en «semi-carbonique», méthode qui permet, en laissant les raisins fermenter à l'intérieur des baies, d'exalter les arômes primaires, de donner des vins très fruités. Et pas trop faits pour la garde. La bouteille étant de 2009, je n'osais plus l'ouvrir. Et puis, l'autre soir, sur des onglets fondants, elle est ressortie de la cave. Toujours ces sempiternels dimanches réclamant du vin vivant et gai, pour l'enterrement de la fin de semaine. C'était très délicat : cette cuvée, d'ordinaire plus épicée, légèrement viandée voilà quelques mois, avait des arômes de framboise et de fleur, de violette semblait-il. Patrick Bouju rigole quand on lui parle des bienfaits de ses bouteilles en période de dépression dominicale : «Les courbes des anxiolytiques et du vin se croisent.»
Il était chimiste de formation, ne trouvait pas de boulot, a bossé dans l'informatique tout en achetant deux premiers hectares de vignes dans le Puy-de-Dôme, pour se faire la main. Il n'était pas plus auvergnat que vigneron (son père bossait à la SNCF), avait juste fait ses études dans le coin, avant d'y rencontrer une femme du cru. Puis il s'était découvert une autre attache : le terroir, «énorme». Depuis, d'autres l'ont rejoint, cela forme une bande assez




