Les bouteilles attendaient sagement sur le rebord d’une fenêtre. Il faisait doux encore, l’automne était clément. Nous avions rendez-vous pour déguster des châteauneuf-du-pape. L’affaire était sérieuse : il s’agissait de comparer cinq millésimes du château de Beaucastel, l’un des meilleurs de l’appellation. Nous connaissions les années de cette petite verticale (1995, 1996, 1997, 1998 et 1999), mais pas l’ordre de service. Vincent, qui jouait à domicile, avait aéré les bouteilles et collé des numéros de «1» à «5» sur les années. Pour le remercier, nous avions récupéré de notre côté un flacon du très beau millésime 1990. Nous attendions d’être tous là pour lui offrir. Les participants arrivaient au compte-gouttes. Quelqu’un avait apporté de la poutargue, que nous dégustions dans la cuisine en sirotant du whisky, n’ayant pas trouvé d’accord plus heureux. Puis les choses sérieuses ont commencé.
Après une terrine à la gelée taquine, accompagnée d’un chassagne-montrachet peu bavard, Vincent a servi la poutreille. Un plat avec de la macreuse, de la queue de bœuf, des champignons de Paris, des pieds de porc pour donner de l’onctuosité à la sauce, un peu de farine torréfiée (la torréfaction enlève le goût d’amidon), quelques oignons grelots, un vrai bouillon de poule. Un régal, sur lequel les bouteilles se sont succédé.
La première paraissait incroyablement jeune et concentrée. Une bouche pleine de fraîcheur, des notes au nez de noyau d’amande, de chocolat, de menthe. Quasiment tout l




