Quartiers sud de Grenoble, à l’écart du centre-ville. Des logements sociaux, des équipements sportifs, la départementale toute proche et la crèche «3 Pom». 27 enfants y sont présents par demi-journée. Il y a un espace pour les nourrissons et un second pour les plus grands, ceux qui marchent. Parmi eux, Tyson, Ryan, Amine, Fedi, Myriam, Jennifer, Delia, Mohammed, Aroun, Amadou. Des enfants de milieux populaires pour la plupart, qui jouent, qui dorment, qui goûtent et qui, pour certains, parlent peu. Trop peu pour leur âge. Cet après-midi-là, Jacqueline Bloyet, éducatrice de jeunes enfants, propose un «atelier» : Tyson, Fedi et Amadou se pressent contre une porte. L’atelier a lieu de l’autre côté, dans une salle à l’écart pour un moment à part. Ce sont, tous les jours, quelques minutes pendant lesquelles on s’isole du groupe pour une discussion en petit comité.
Joutes idéologiques. Les trois garçons, 2 ans en moyenne, ont visiblement leurs habitudes dans cette pièce. Sans qu'on ne leur demande rien, ils vont dans le fond chercher des coussins de couleurs, les installent contre un mur, se calent dessus. «Ils sont en demande», souligne l'éducatrice, qui s'adresse à chacun par son prénom. Elle tient un imagier à la main et encourage les garçons à lui décrire ce qu'ils voient. Fedi est le plus loquace. Tyson montre du doigt une moto, mais aucun son ne sort de sa bouche. Amadou désigne de la main le tramway, chuchote quelque chose qui r




