Dominique Mehl, sociologue au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), suit la médecine de la procréation depuis de longues années. Ses enquêtes de terrain auprès de patients, médecins, intellectuels et politiques mettent en lumière les façons d’envisager les nouvelles formes d’enfantements (1). Elle enquête actuellement sur les «solos», les femmes qui font un enfant seules.
Pourquoi y a-t-il nécessité à réformer l’accès à la procréation médicalement assistée (PMA) en France ?
Pour plusieurs raisons. D’abord, parce que les règles de la PMA, les lois de bioéthique qui la régissent, datent de 1994. Elles ont donc vingt ans et plein de choses ont changé dans l’intervalle. L’une de ces grandes évolutions, c’est le recul de l’âge de la maternité. Or on sait maintenant que passé 35, 36 ans, une femme aura davantage de difficultés à concevoir. De plus, les couples se font et se défont, et de nombreuses femmes se retrouvent seules au moment où leur fertilité commence à décliner.
Ensuite, les familles homoparentales sont devenues plus visibles, dans la foulée des discussions sur le pacs. Et, plus largement, les façons de faire familles - recomposées, monoparentales, adoptives, etc. - se sont diversifiées et multipliées. Tout cela a fait reculer le modèle traditionnel [le père, la mère, les deux enfants]. On estime aujourd'hui qu'il ne représente plus qu'une famille sur deux.
Pourquoi la PMA n’a-t-elle pas suivi ces évolutions ?
Les règles ont été révisées en 2011, à l’issue d’un intense débat au cours duquel tout le monde a cru que des changements importants allaient être apportés. Mais finalement, rien. La PMA est resté




