So 2014, les soirées avinées, les pochetrons avachis sur le zinc, les comportements folkloriques liés à l'absorption de mojitos. En ce début 2015, la tendance est claire, se confirme et se répand : no alcohol. En Suède et en Angleterre - deux pays où le binge drinking (biture express, en VF) est un vrai fléau - un nouveau type d'événement mi festif mi sportif voit le jour, organisé par des associations ou des clubs, pleins de bonnes intentions et soucieux d'amuser (et capter) un public toujours plus avide de nouveautés. Le plus distrayant, dans ce monde de cubi-free, sont les fameux before work (je me lève à l'aube pour aller guincher follement avant le travail), suivis de près par les raves du déjeuner (je me défonce sur le dancefloor avec les collègues et à jeun, pas facile) avant d'enchaîner avec des soirées sober suédoises (je drague et je m'amuse sans une goutte dans le bec). Itinéraire en un jour d'un adepte du tout sobre.
Smoothies. A Londres, depuis 2013, on se lève à 5 heures du matin, alors que les derniers survivants d'after rentrent se coucher, pour assister à une before work, où des centaines de conscious clubbers s'agitent autour d'un DJ, tasse de café et smoothies à la main. Initiés par Samantha Moyo, organisatrice d'événements, avec l'aide d'un pro du fitness, les «Morning Gloryville» (1) attirent aujourd'hui des milliers d'addicts et se pratiquent dans 16 villes dans le monde. A Paris, par exemple, ces raveolutions (mot-valise pour «rave» et «révolution») sont organisées dans le but de «conférer aux participants un moyen sain et durable d'expression dès le réveil», explique la responsable, Karima Boumedienne. Humpfff.
A voir les vidéos sur leur site, l'ambiance est endiablée et ce before matinal tonique et en musique ressemble plus à un cours de gym qu'à l'idée qu'on se fait d'une fiesta au Macumba. Mais la productivité du salarié, notion très anglo-saxonne, est préservée : «L'énergie positive qui se dégage de cette expérience conduit les participants à se montrer plus enthousiastes, productifs et autonomes au travail», explique Samantha Moyo (2).
Foufous. Pour ceux qui ne sont pas du matin, on peut aussi attendre midi et se faire un petit lunch beat, des dej dansants - ou raves de bureau -, qu'on a testés à l'Institut suédois de Paris (3). Le concept consiste à manger du renne en buvant de l'eau minérale ou des jus et à s'agiter au son d'une musique enthousiaste, au lieu d'aller bovinement déjeuner et rentrer lourdement glander au bureau. Déjà implanté dans plus de 90 villes dans le monde, selon le site Lunchbeat.org, il s'agit de se « défouler, de se destresser et d'offrir un autre cadre que la boîte de nuit pour danser », explique Gunilla Norén, du service de presse de l'Institut.
Le jour de notre visite, on croisera des grappes (200 à 250 personnes) de cadres trentenaires élégants, dont un groupe de banquiers arrogants, quelques jolies nanas chics et blondes, des couples, des groupes de filles pas venues pour draguer (soi-disant), bref une clientèle aisée et plutôt branchée. « En 2010, le mouvement Lunch Beat réunissait 14 personnes dans un garage de Stockholm. Aujourd'hui, il rassemble 600 personnes chaque premier mardi du mois, dans la capitale suédoise, affirme Gunilla Norén. Il est vrai que les Suédois aiment les nouveaux concepts et sont très preneurs des tendances ludiques ou créatives. » Et quand il fait nuit à 15 heures, autant commencer à faire les foufous entre 13 et 14 heures.
Et le soir alors, je peux enfin picoler ? Ben, non. Je reste sobre comme un chameau et m'éclate grave dans les soirées sans alcool qui viennent d'être lancées en Suède - encore. Ainsi Sober (4), une soirée «prohibition» au nom de circonstance, qui investit une fois par mois le Södra Teatern, à Stockholm. Marten Andersson (avec le soutien de l'Association de modération suédoise) est l'organisateur de ces soirées. Un musicien et comique à ses heures (comme on peut le voir) qui considère qu'il est tout à fait possible de draguer, de danser sans une seule goutte d'alcool dans le sang. Son idée, explique-t-il dans la presse suédoise, n'est pas uniquement de dissuader les gens de boire, mais plutôt de créer une alternative et «démontrer qu'on peut avoir au moins autant de plaisir dans la vie sans alcool» qu'avec. On y boit donc des mocktails (genre citron vert-gingembre), et on passe un alcootest à l'entrée pour éviter que tout intrus éméché vienne troubler la soirée dans cette boîte mormon… euh, alcool free.
(1) http://morninggloryville.com (2) La prochaine matinée parisienne aura lieu le 14 février. (3) http://next.liberation.fr/nuit/2012/11/29/lunch-beat-le-dejeuner-en-night-club_863901 (4) http://sobersweden.se




