Une remise en forme neuronale ? Diable, l'idée est séduisante. Mais si l'on voit bien l'idée du Club de gym, une fois acoquinée avec l'esprit, le concept devient plus vague : bain bouillonnant du cerveau ? Massage du cortex ? Bain de boue temporal ? Trêve de moqueries : le Seymour +, un espace de déconnexion qui s'inscrit bien dans l'ère d'überdétox actuelle (on trouve même de quoi se purifier cheveux et ongles), se situe dans un appartement de 230 m2 au rez-de-chaussée d'un bruyant boulevard parisien, dans le Xe arrondissement.
Couleurs classiques de l’époque (noir, blanc, taupe), ambiance feutrée, on entend un peu le boulevard et clairement la volonté de silence de l’endroit : on est là pour se dé-con-nec-ter. D’ailleurs, la première chose à faire, une fois passé à l’accueil pour s’acquitter du droit d’entrée de 7 euros (on entend déjà les ricanements sur l’air de «payer pour éteindre son téléphone et son ordi, quelle blague»), on dépose tous ses objets connectés dans un petit vestiaire. La blonde Melissa Unger, une New-Yorkaise devenue parisienne depuis dix ans, qui se dit plutôt coach que psy, a conçu ce parcours parce qu’elle ne trouvait pas dans les outils existants de quoi apaiser ses angoisses. Elle a décidé d’en faire profiter les autres.
Colères. Au début, «comme au club de gym, le coach vous fait visiter, vous présente les vélos, les appareils, etc.» Là, foin d'appareils sportifs et d'odeur de baskets : on parle de «promouvoir l'exploration de l'inconscient, de l'imagination et de créativité authentique». Ouille.
Le parcours détox commence au «selfiematon», où on se dessine tel qu'on se voit dans le miroir. Puis on s'en va écrire tout ce qui ne va pas, les colères, les agacements, sur des petits papiers dans la salle de projection (écran blanc et muet, of course). Une fois nettoyé de ces vilaines choses, on descend au sous-sol, plus dédié «au recentrage, à la contemplation» : outre le jardin (soit une petite salle avec quelques plantes vertes), on a l'espace lounge, de jolis fauteuils bergères où on ne doit pas parler à son voisin. Sous l'escalier, posées sur du sable, il y a quelques tables afin d'écrire à qui on veut.
On y vient, comme Julie, community manager ultraconnectée, pour trouver «un espace qui vous veut du bien et pas une mode éphémère». «C'est un lieu au sein duquel je trouve une grande liberté d'esprit. J'aime savoir que ce lieu existe pour faire le vide et choisir un passage rapide avec un dessin au photomaton ou une heure sur chaque atelier.» Bernard, lui, «considère Seymour + comme une façon élégante et salvatrice de déconnecter pour se reconnecter à soi-même, de lâcher prise». Et surtout, ajoute-il, «je cherche à me préserver de la toxicité de notre mode de vie, et particulièrement de l'addiction informatique». Nous y voilà donc, à l'addiction, la nomophobie en l'occurrence (qui concerne celui qui ne peut vivre sans ses appendices numériques), et son pendant, la digital detox si tendance : moult films et livres ont été tirés d'expériences ultimate sans internet ni téléphone, comme celle de Paul Miller en 2013, journaliste pour le site américain The Verge qui a passé un an sans Internet. Profitant du filon, les centres de cure et de rehab fleurissent aux Etats-Unis, tel le programme ReStart, qui ressemble comme un petit frère à celui des Alcooliques anonymes, ou encore les retraites digital detox avec yoga, méditation, etc., en Californie.
«Compagnons». En France aussi, on trouve des hôtels ou des spas sans appareils connectés. Le Seymour +, analyse Alexandra Jube, spécialiste des nouveaux comportements de consommation au fameux bureau de tendances Nelli Rodi, «est exactement de la digital detox et répond aux besoins des individus d'une nécessité de déconnexions : réelle, en coupant son téléphone, mais surtout spirituelle, en se retrouvant avec soi-même. Comme nous ne sommes pas capables d'avoir un rapport raisonnable aux choses, on trouve l'équilibre en alternant les deux extrêmes : ici, complètement connecté, ou là, complètement déconnecté».
C'est la même idée que s'empiffrer de hamburgers pour entamer ensuite une cure de nettoyage au radis noir. On «s'empoisonne» de manière plus ou moins fantasmée, on se purifie de façon plus ou moins folklorique.
Idem pour les technologies de communication : «On a besoin d'être connecté, on ne peut pas faire sans, analyse Laurence Allard, maître de conférences et sociologue de l'innovation. Les smartphones sont partout, omniprésents dans chaque situation de vide, d'ennui, ce sont des compagnons de tous les jours, qui font appel à tous les sens.» Au fond, ils sont devenus un peu organiques. Et «c'est parce que ces appareils sont intériorisés, comme faisant partie du corps, que certains se sentent agressés. C'est cette emprise corporelle, puisque tous les sens sont mobilisés, qui peut expliquer la peur de l'addiction».
Fomo. Les outils de communication comme prolongement d'un corps, malade ou pas ? L'idée selon laquelle les «moyens de communiquer sont liés au corps, donc à la santé» fait son chemin, poursuit la chercheuse. Ben dis donc, voilà une grosse claque pour ceux qui pensaient qu'il suffisait de couper la saloperie de machine pour être en paix : non, car alors, on souffre du Fomo. Oui, le «Fear of Missing Out» ou la peur de manquer quelque chose, syndrome bien connu des addicts et identifié en avril 2011 par le Urban Dictionary.
Seymour +, 41, boulevard de Magenta, 75010. Rens. : 01 40 03 81 68 ou http://seymourprojects.com




