Bouffon, jongleur, lépreux, condamné… Pendant des siècles, les étoffes rayées ont été considérées en Occident comme «des marques d'exclusion ou d'infamie», explique l'historien Michel Pastoureau dans l'Etoffe du diable - une histoire des rayures et des tissus rayés (Seuil). Les marins font figure d'exception. Jusqu'au Second Empire, ils n'avaient pas de tenue officielle et embarquaient avec leur propre garde-robe. Seuls les uniformes des gradés étaient réglementés. Il faut attendre un décret du 27 mars 1858 pour que la marinière - ou plutôt le «tricot rayé», la marinière étant alors une blouse unie à col bateau - devienne l'uniforme officiel des quartiers-maîtres et des matelots de la marine nationale. Le tricot en jersey sert alors de sous-vêtement et descend jusqu'au début de la cuisse. Le texte précise la largeur qui doit séparer les rayures, au millimètre près, et le nombre de bandes blanches, vingt-et-une. Une référence au nombre de victoires napoléoniennes, du moins selon la légende. D'après une autre croyance, les rayures faciliteraient aussi le repérage des hommes tombés à la mer. Il est plus probable que les bandes bleues et blanches soient dues à une technique de tissage (la marinière ne comporte des coutures qu'au niveau des manches) et à une économie de teinture indigo. Depuis, la marinière est passée sur les épaules de Picasso, Jean Paul Gaultier ou Arnaud Montebourg, mais symbolise toujours, dans la marine, les officiers au bas de la hiérarchie. Encore aujourd'hui, note Michel Pastoureau, on appelle «zèbres» ceux qui ne sont pas sortis des écoles navales, mais du rang.
Merci de l'avoir posée
Pourquoi les marins portent-ils des marinières ?
Publié le 28/07/2017 à 17h06
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