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Birmanie

Rangoun, à la tombée du jour

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L’averse s’amuse, malmène des marchands voûtés en quête d’abri, parasol fragile replié sur l’épaule. Larmes de crocodile pour Rangoun la gamine, dorée dès les premiers rayons...

Publié le 09/11/2012 à 0h00

Le caprice s’éternise, les cigares effilés refroidissent, vite remisés dans la chemise ou le pan du longyi. L’eau change les cratères macadam en miroirs et débarbouille chaleureusement la gueule cassée de Rangoun, favorite des colons britanniques devenue rejeton bâtard, snobé par la pieuse Mandalay et supplanté par Naypyidaw. La junte a rebaptisé la fille prodigue Yangon, dite capitale économique - lot de consolation !

La ville déclassée a pris les poings du temps en plein visage, elle exhibe des bâtisses suturées au ciment, leurs peintures décaties découpant des escaliers et des grilles tordus. Certains édifices sentent le plâtre frais et les trottoirs dansent une gigue désordonnée, comme si Rangoun riait de ses pansements. Bordé par le fleuve, je réside plein sud, prisonnier volontaire d’un quadrillage à l’anglaise dense et peuplé. Protégé de l’ondée, j’avise les nuages de plomb et guette l’arc-en-ciel qui sonnera la fin de la récréation.

Mites et légendes

Habituelle couche-tôt, la nuit se glisse dans les draps usés de la fin du jour. Il n’est que dix-huit heures. Malgré les coupures d’électricité et le manque d’éclairage public, Rangoun veille, survit à l’obscurité tant que les générateurs ronronnent. Parfois un téléviseur suffit à éclairer une tablée et si les lumières vacillent, grillent des moustiques à la pelle, chaloupent dans les ruelles et coulent parfois, elles ne s’éteignent pas tout de suite. Tombée du jour, Rangoun résiste.

Pyramides de pastèques, pomelos bronzés par les spots bleu

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