Je quittai Carthagène encore plus triste qu'à mon arrivée. Le chauffeur qui me reconduisait à l'aéroport demanda si j'avais été déçu par l'hôtel et je lui répondis :«Non, certaines choses gagnent simplement à être tues.» Il insista : « Avez-vous une photo de cet Osman ?» Je lui expliquai que je n'avais croisé le jeune métis que quelques secondes…
Une semaine plus tôt, j’avais atterri dans la ville fortifiée, fondée en 1533 par Pedro de Heredia. Un chauffeur brandissait une pancarte arborant le nom d’un écrivain célèbre, et ce n’est qu’au bout de vingt minutes d’échanges téléphoniques absurdes avec son agence que je me laissai convaincre du fait que c’était bien moi qu’il attendait.
A peine installé, je ressortis dans l’air moite chargé d’embruns, et me retrouvai sous les étoiles de la Plaza de Los Coches. Une poignée de femmes de mauvaise vie lançaient des œillades lubriques face au bar Donde Fidel, «El Dictator de la Salsa» comme l’avait baptisé un journal. La joie émanant des airs tonitruants et des danseurs me fit tomber instantanément amoureux de la ville, un véritable conservatoire de l’architecture coloniale à ciel ouvert, classé au patrimoine mondial de l’Unesco et chanté par Gabriel García Márquez.
«Vomi noir». Pendant trois jours, j'arpentai ses ruelles et jardins, m'émerveillai des maisons ocre, bleu pervenche, rose tyran, des couvents reconvertis en hôtels de luxe, comme l'Ananda, le Santa Teresa et le




