Le feu dans la nuit éclaire des visages silencieux, concentrés. Les doigts, habiles, détachent la chair des poissons de leurs arêtes. Plus personne ne parle, les lèvres ne bougent que pour la dorade, le rouget, le maquereau, les oignons, les tomates. Sur une plage éloignée de Sète, un paradis sauvage pris entre la mer et l’étang de Thau, un fils de pêcheur a préparé ce soir-là un plat oublié, méconnu même à Sète. La peïdolade, des poissons cuits sur la plage à l’eau de mer, comme le faisaient les pêcheurs nomades. Ils ont disparu, mais un artiste sétois, Aldo Biascamano, 52 ans, refait régulièrement la peïdolade, en l’accompagnant de rituels, pour désensabler ses souvenirs.
Nostalgie. Aldo est d'origine calabraise. Un garçon délicat et lunaire, un peu fantasque, élégant, dont l'arrière-grand-père était arrivé à Sète à la fin du XIXe siècle. La ville connaissait alors une forte immigration italienne, surtout des Napolitains qui ont légué une cuisine populaire et savoureuse, peu coûteuse. Les pâtes aux palourdes de l'étang de Thau, avec un peu d'ail, de l'oignon, du persil, du piment et de la tomate fraîche. Les artichauts à la braise, avec un peu d'huile d'olive, de sel et de poivre entre les feuilles. La macaronade, spaghettis servis avec une sorte de chair à saucisse dont chacun garde jalousement la recette. Les moules farcies, la bourride ou la tielle, tourte au poulpe (lire ci-contre). Et donc cette peïdolade qu'Ald




