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Libération
Villes imaginaires (6/6).

Alphaville, la raison du plus fiable

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Entre SF et film noir, Godard décrit une cité totalitaire gouvernée par ordinateur.

Publié le 17/07/2014 à 18h56

Quelque chose ne tourne pas rond à Alphaville. Le maître d’hôtel affiche un sourire au poil, la chambre pue la naphtaline, tout le monde est poli, tout le monde est serviable et, pourtant, quelque chose ne tourne pas rond.

C’est Jean-Luc Godard qui nous a invités. Le réalisateur franco-suisse nous a déposé en Ford Galaxie 500 dans les faubourgs d’Alphaville, fenêtre ouverte et clope au bec, puis il a mis les voiles, disparu dans la nuit, nous laissant paumé dans un quartier à moitié endormi - paraît qu’on ne dort que d’un œil ici. Un passant s’est immédiatement proposé de nous guider jusqu’à l’hôtel. Il a grillé sans broncher une paire d’heures de sommeil pour nous accompagner. Non, vraiment, quelque chose ne tourne pas rond.

Curiosité. Et il nous colle aux basques, l'insomniaque. Il répète: «Passez au contrôle des habitants.» La ritournelle épuise et nous entraîne dans un bureau vide et noir, seul face à un spot faiblard dont la lumière clignote comme si elle déblatérait en morse. Une voix sans visage emplit l'espace et vient s'enquérir des raisons de notre voyage à l'autre bout de la galaxie. On aurait pu passer l'été à Tokyorama ou Angoulême City, mais on a préféré Alphaville. Expérience nouvelle, lointaine, originale. Serait-on suspecté de curiosité ? L'interrogatoire se termine et déjà, une furieuse envie de laisser Alphaville dans le rétro.

La cité vit en coupe réglée. Les nouveaux venus sont surveillés, fliqués, suivis, cond

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