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Dédiabolisation, Société

Florian Philippot privé de tribune à Sciences po

Une manifestation étudiante a provoqué l'annulation d'un débat dans lequel devait intervenir le vice-président frontiste. Mais aussi une petite polémique dans les rangs du FN lui-même...

Florian Philippot en janvier. Photo Laurent Troude. Libération
Publié le 23/11/2016 à 11h59

Entre Sciences po et le Front national, il y a un passif que la soirée de mardi vient d'alourdir encore. Invité par une association étudiante, le vice-président frontiste devait se rendre rue Saint-Guillaume pour un débat l'opposant notamment au secrétaire d'Etat Mathias Fekl. Mais Florian Philippot ne pourra même pas mettre les pieds dans l'établissement : sur le trottoir et dans le hall de Sciences Po l'attendent plusieurs dizaines d'étudiants opposés à sa venue. «Participer au débat, c'est déjà en accepter les termes», proclame une pancarte, tandis que les manifestants épuisent le répertoire des slogans anti-FN. Un sit-in devant l'entrée du grand amphithéâtre de Sciences po achèvera de rendre celui-ci inaccessible. À 20h30, les organisateurs annoncent l'annulation du débat, censé commencer une heure et demie plus tôt.

Ce n'est pas la première fois qu'un tel accueil est réservé au Front national. Bruno Mégret en 1988, Jean-Marie Le Pen 2007, Marine Le Pen en 2012 avaient chacun été copieusement chahutés — sans voir leur intervention annulée. Le père et sa fille avaient d'ailleurs choisi le même registre pour répliquer à leurs opposants, en des termes toutefois bien différents : «Petits bourgeois de merde !», avait lancé un Jean-Marie Le Pen ulcéré ; «Non, vous n'êtes pas des enfants d'immigrés, vous êtes des enfants de bourgeois», avait raillé Marine Le Pen. Une antenne du FN à Sciences Po a bien vu le jour en 2015, qui revendique aujourd'hui une vingtaine de membres. Mais il lui reste manifestement quelques étudiants à convaincre des vertus du débat avec la direction frontiste.

«Les fascistes seront défaits»

Mardi soir, de vives discussions opposaient d'ailleurs les organisateurs de la rencontre, très déçus de son annulation, à certains manifestants. «Ils font 30% dans les urnes, ils sont en meeting dans toute la France, ils sont dans toutes les matinales, et Sciences Po serait le seul endroit où ils ne pourraient pas aller ?, lançait Benjamin Duhamel, de l'association Sciences Po TV. En l'empêchant de parler, vous lui donnez encore plus d'importance !». Réplique d'un opposant : «Vous, vous pensez que plus on les laissera parler, plus on comprendra qu'ils sont anti-républicains. Nous on considère que le faire venir ici, cela alimente encore sa médiatisation». Un débat vieux comme le Front national, et que la soirée de mardi aura laissé intact.

De son côté, Florian Philippot avait beau jeu de dénoncer une cabale anti-démocratique à son encontre : «Merci à tous les étudiants de Sciences Po qui voulaient qu'on débatte ce soir, a posté l'eurodéputé sur Twitter. Ce n'est que partie remise : les fascistes seront défaits». Quant à la direction de Sciences Po, elle a condamné «fermement l'action des quelques-uns qui croient pouvoir dicter ce que seraient les termes du débat à Sciences Po», justifiant l'annulation de la soirée par des raisons de sécurité.

«Ces dingues ont vraiment chanté l’Internationale ?»

Ce n'est pas tout, car une autre péripétie, apparemment anodine, a beaucoup fait parler au Front national. Mardi soir, avant l'annulation de l'événement, quelques proches de Florian Philippot attendent devant l'établissement l'arrivée de leur champion. Interpellée par les manifestants, la petite bande, potache, réplique en entonnant une vibrante Internationale — à laquelle, pour comble de confusion, les manifestants opposent ensuite la Marseillaise. Une scène de quelques minutes qui a déclenché de vives réactions sur les réseaux sociaux, de la part de… frontistes atterrés. «Ces dingues ont vraiment chanté l'Internationale ? Je n'ai pas signé pour ça !», s'enflammait en privé un cadre FN. «Rassurez moi, c'était une blague ? Ce chant a quelque 70 à 100 millions de morts au compteur», protestait de son côté Philippe Martel, un conseiller de Marine Le Pen issu du RPR.

Ce n'est pas la première fois que le FN Sciences Po horripile, par ses «innovations», de plus conservateurs camarades de parti. Tenue par des proches de Florian Philippot, la section pousse à leur comble les orientations de celui-ci, alliant discours gauchisant en matière économique et relatif libéralisme sociétal. Présentant son parti comme celui «des ouvriers, des salariés, des petits et des sans-grades», le FN Sciences Po n'hésite pas à faire figurer Léon Blum sur ses visuels ou à affirmer que «Pierre Mendès-France voterait Front national». Sur son compte Twitter, la section a en outre souhaité une «bonne marches des fiertés» aux participants de la dernière Gay Pride — un événement dans lequel le vice-président du FN Louis Aliot voyait quant à lui le «symbole exhibitionniste d'un communautarisme militant et anti-FN».

Autant d'anecdotes qui résument, par petites touches, ce conflit identitaire qui ronge sans bruit le Front national. «Ils sont complètement hors-sol, jugeait il y a quelques mois un haut cadre frontiste, au sujet de l'entourage de Florian Philippot. Ils n'ont aucune conscience des réalités du parti, ils font erreur sur erreur, ils ne savent même pas à quel point ils sont détestés par la base». Au Front national, quitte à réviser les classiques de la gauche, peut-être faut-il relire «L'union est un combat».

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